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L’institute for Change Leaders

août 26, 2020

Duncan Pike, de l’Institute for Change Leaders, sur la façon dont la pandémie renforce le pouvoir de la solidarité et des récits narratifs.

Parlez-nous de l’Institute for Change Leaders. Comment décririez-vous son objectif et ce qui le rend unique ?

La mission de l’Institute for Change Leaders est de s’assurer que les organisateurs développent continuellement les compétences dont ils ont besoin pour insuffler le changement social. Pour ce faire, l’Institut enseigne des stratégies d’organisation et fournit une plateforme pour la croissance d’un réseau d’organisateurs.

Nos formations sont uniques car, la majorité du temps, les étudiants sont placés en petits groupes où ils ont réellement l’opportunité de mettre en pratique des compétences spécifiques et de recevoir l’aide d’organisateurs expérimentés. L’Institut a déjà enseigné à plus de 5 000 étudiants et a formé une équipe de plus de 30 animateurs de petits groupes. Nous dispensons notre programme complet lors de sessions régulières tenues la fin de semaine à l’Université Ryerson, et nous travaillons avec des organisations afin de dispenser des formations sur mesure en milieu de travail.

Notre programme d’études est l’œuvre de Marshall Ganz, un professeur de Harvard qui, après des années d’organisation avec les mouvements des droits civils et des travailleurs agricoles unis, a codifié le cadre organisationnel de construction de relations que nous enseignons. Il a été l’un des principaux formateurs et stratèges de la campagne présidentielle de 2008 du président Obama. L’Institut offre le premier cours accrédité d’organisation communautaire basé sur l’approche Marshall Ganz de tout le Canada.

Nous vivons tous la pandémie de façon différente. Quel est l’élément clé de la réponse de l’Institute for Change Leaders à la crise ?

Nous avons testé les formations en ligne en 2019, et au début de cette année, nous nous sommes sentis assez confiants dans notre capacité à répondre à nos propres normes d’instruction et d’encadrement par vidéo. En ce sens, nous avons eu la chance que notre mission puisse être menée en ligne avec relativement peu de perturbations. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu d’obstacles. L’établissement de relations, toutefois, est au cœur de notre méthodologie et de notre approche pour parvenir au changement social, et quelles que soient les fonctionnalités de Zoom, rien ne peut réellement remplacer complètement la chimie créée lors de réunions en face à face pour développer des liens interpersonnels solides.

Cela dit, l’un de nos principaux enseignements est le pouvoir qu’a le récit narratif d’une histoire personnelle pour créer des connections à travers des valeurs et des expériences partagées, et pour surmonter les obstacles du temps, de l’espace et des mauvaises connexions Internet. Nous avons utilisé cette leçon pour renforcer la solidarité au sein de notre propre communauté en mettant en place des sessions de réflexion en ligne, en organisant des clubs de lecture et en offrant aux anciens élèves, aux animateurs, aux bénévoles et au personnel des possibilités de se connecter afin de partager leur propre expérience face à la pandémie.

Au cours des derniers mois, nous avons vu des groupes saisir ce moment d’incertitude pour faire progresser la justice raciale et économique dans leurs communautés. Que pensez-vous de ce moment d’organisation communautaire ?

La pandémie a exacerbé les inégalités sociales, raciales et économiques qui existaient déjà, et les mouvements visant à y faire face ont pris une intensité et une urgence appropriées. Nous avons constaté cette énergie de façon directe dans un certain nombre de communautés et de domaines différents.

Au début du mois d’avril, nous nous sommes associés à l’Association of Early Childhood Educators of Ontario (AECEO) pour organiser une formation en ligne à l’intention de plus de 200 éducateurs de la petite enfance (EPE) et parents visant à leur fournir les compétences dont ils ont besoin pour renforcer leur force, leur confiance et leur solidarité. Ce fut un exercice extraordinaire et un privilège de travailler avec un groupe d’acteurs du changement aussi inspirant et dévoué. Dix jours après avoir terminé notre formation, les EPE ont organisé un rallye virtuel de 1 500 personnes exigeant un plan de réouverture qui garantisse la qualité et la sécurité pour tous. Plus de 21 000 personnes ont aussi visionné virtuellement ce rallye et les deux niveaux de gouvernement ont réellement écouté le message véhiculé. En juillet, le gouvernement du Canada a annoncé un financement fédéral de 625 millions de dollars pour le secteur de la garde d’enfants, une étape prometteuse dans la lutte pour des conditions de travail décentes pour les EPE et dans la lutte pour un système financé par l’État.

En juin, nous avons également eu le plaisir d’accueillir des travailleurs de soins de longue durée (SLD) lors de quelques sessions de connexion et de partage, où ils ont pu construire une solidarité à travers le partage d’histoires, d’expériences et de rires. Ces séances ont permis aux travailleurs de première ligne de s’exprimer sur la COVID et sur les articles publiés dans les médias sur les mauvais traitements infligés aux résidents des établissements de soins de longue durée. Ils ont également proposé des stratégies et des tactiques sur la manière de régler les nombreux problèmes de ces établissements afin que les personnes âgées puissent vivre dans la dignité et que les travailleurs reçoivent un salaire décent ainsi qu’un emploi stable et gratifiant.

Et en août dernier, nous avons co-organisé une joyeuse célébration avec 200 diplômés du Black Youth Leadership Program, un projet conjoint d’ICL et de For Youth Initiative (FYI), qui a travaillé avec des jeunes de partout en Ontario pour développer leurs compétences en leadership et lutter contre le racisme anti-noir dans leurs communautés.

La pandémie continue de faire d’énormes dégâts, et la lutte pour façonner notre avenir post-Covid sera certes intense, mais il est difficile de ne pas se sentir plein d’espoir quand on travaille avec des groupes d’activistes et d’organisateurs aussi extraordinaires.

Quel est le plus grand défi que doit relever la démocratie canadienne ? Comment travaillez-vous sur ce défi et quelles solutions y proposez-vous ?

Le plus grand défi auquel la démocratie canadienne est confrontée reste la domination de notre système politique par ceux qui ont le plus grand pouvoir économique, ainsi que la dépossession et la désautonomisation de la classe ouvrière, des peuples racisés, autochtones et historiquement marginalisés qui en découlent. La seule solution à ce problème passe par l’organisation de cette majorité de personnes qui ne sont pas représentées par le système politique afin de développer la solidarité et le pouvoir politique, et de construire des institutions orientées de la base vers le sommet qui fonctionnent dans l’intérêt du plus grand nombre. Nous espérons que nos efforts pour enseigner à la base les compétences d’organisation nécessaires pourront contribuer en partie à cette lutte.

Pourriez-vous partager une idée ou une initiative liée au renforcement de l’engagement civique ou de la participation démocratique qui vous inspire ? 

ICL fait partie du réseau Leading Change Network, une communauté mondiale d’organisateurs, d’éducateurs et de chercheurs qui enseignent la méthodologie Ganz pour le changement social. Ils organisent régulièrement des sessions de rencontre et de connexion avec des membres du secteur pour partager des connaissances, raconter des histoires et construire une solidarité internationale. C’est incroyablement inspirant d’entrer en contact avec des organisateurs d’autres pays, de découvrir leur travail et de trouver des domaines d’expérience commune. Lors de la dernière session, j’ai parlé avec une femme qui travaille avec des personnes anciennement incarcérées à Oakland, avec un activiste du développement économique du Nigeria et avec un entrepreneur social de Palestine, avec qui nous travaillons actuellement sur une proposition. Regarder au-delà de son propre jardin et de son propre pays peut être revigorant. Cela nous rappelle que les défis auxquels nous sommes confrontés sont, en fin de compte, de nature universelle.

Parlez-nous de la manière dont l’Institute for Change Leaders rend son travail plus inclusif et renforce l’engagement avec les différentes communautés. Avez-vous des conseils ou des leçons à partager avec d’autres acteurs du secteur sur la réduction des obstacles à la participation ?

Nous nous efforçons constamment d’élargir notre formation pour la rendre plus accessible à la classe ouvrière ainsi qu’aux communautés racisées et autochtones qui ont le plus à gagner à acquérir les compétences que nous enseignons.

Par exemple, la plupart des programmes d’enseignement sur les campagnes d’organisation réussies n’incluent pas de contenu autochtone. Pour aider à intégrer ces contenues à nos cours, nous avons choisi de mettre en avant une étude de cas sur la lutte de la nation Attawapiskat pour une nouvelle école, qui s’est étendue de 1979 à la construction de la nouvelle école en 2014. Cette campagne est connue sous le nom de « Shannen’s Dream », du nom de la regrettée leader étudiante Shannen Koostachin. Nous avons examiné comment Shannen et ses contemporains ont mobilisé les élèves, les enseignants et les citoyens de partout au Canada pour amplifier la voix des jeunes de la nation Attawapiskat, et nous avons intégré ces leçons dans notre matériel de cours.

Les stratégies de campagne employées par ce mouvement sont une illustration puissante des théories de Ganz et un exemple émouvant du pouvoir et du leadership autochtones. Nous avons testé le nouveau programme dans des environnements autochtones afin de receuillir les commentaires des participants et des spécialistes des études autochtones. Nous prévoyons également continuer à développer des études de cas mettant en évidence le pouvoir des communautés lorsqu’elles s’organisent collectivement et politiquement.

L’Institute for Change Leaders a-t-il des demandes spécifiques pour le secteur au sens large : des choses pour lesquelles vous avez besoin d’aide, des problèmes que vous essayez de résoudre ou des souhaits que vous avez ?

Maintenir la participation, la force et la santé de cette communauté sur le long terme sera un défi permanent dans le contexte de la pandémie, et nous aimerions que les autres membres de ce secteur nous disent comment ils réagissent et s’y adaptent.

Pour les personnes qui cherchent à entre en contact avec vous, comment peuvent-elles s’impliquer ? Qui peuvent-ils contacter ?

Visitez notre site web et nos médias sociaux (Twitter, Facebook, Instagram). Vous pouvez également nous contacter en envoyant un courriel à changeleaders@ryerson.ca. Cet automne, Olivia Chow enseignera SSH502 : Community Action Research, un cours crédité de trois mois à l’Université Ryerson sur le leadership, l’organisation et l’action communautaires. Ce cours enseigne des compétences pratiques en matière d’organisation afin que vous puissiez inspirer votre communauté à agir pour le changement social. Ce cours sera soutenu par une équipe d’organisateurs expérimentés qui assureront un encadrement en petit groupe ainsi qu’un encadrement individuel. L’inscription se fait ici : http ://bit.ly/SSH502.

L’Institute for Change Leaders est une organisation à but non lucratif qui s’assure que les organisateurs progressistes et les organisations communautaires développent continuellement les compétences dont ils ont besoin pour transformer les ressources dont ils disposent en les changements qu’ils espèrent. Pour ce faire, nous enseignons des stratégies d’organisation et fournissons une plateforme permettant la croissance d’un réseau d’organisateurs.

Nous vivons un moment sans précédent pour la démocratie au Canada. Nous avons donc créé Sector Spotlight pour découvrir comment les principaux acteurs y réagissent. Nous espérons ainsi soutenir le partage des connaissances et susciter de nouvelles connexions en dressant le portrait d’un large éventail d’initiatives de partout au pays. Vous avez des idées pour notre prochain Sector Spotlight? Contactez-nous!

Duncan Pike, directeur de la communication à l'Institute for Change Leaders

Duncan Pike est Directeur des communications et un instructeur à l’ICL. Il est un militant syndical ainsi que l’ancien Directeur exécutif de Canadian Journalists for Free Expression. Duncan a étudié à l’Université de Toronto, où il a obtenu une maîtrise en Affaires internationales. Il a auparavant travaillé comme analyste pour le Programme de développement des Nations unies à Istanbul et comme analyste politique pour Affaires autochtones et du Nord Canada.