Le comité consultatif du programme DemocracyXChange (PAC) élabore le programme du sommet et veille à ce qu’il reflète la diversité, les intérêts et les besoins du secteur de la démocratie au Canada. Au cours des prochaines semaines, les membres du PAC partageront leurs réflexions sur l’engagement démocratique. Cette semaine, faites connaissance avec Gabe Sawhney, Mackenzie Taylor, Akaash Maharaj et Bailey Greenspon.
Mois : août 2020
Retour à l’école
Bulles, #SafeSeptember, salles de classe extérieures, masques, gouttelettes, et distanciation sociale. C’est là le nouveau vocabulaire que nous devons apprendre à utiliser et comprendre cette année dans le cadre d’un retour à l’école hors de l’ordinaire – un retour chargé d’activation et d’anxiété.
Cette « activation » est perceptible dans tout le pays. Les citoyens, par exemple, poussent leurs élus à réduire la taille des groupes d’élèves dans les classes des classes et à rendre disponibles les ressources adéquates pour répondre aux normes plus élevées de santé et de sécurité. Le Réseau d’action des parents de l’Ontario a réussi à organiser des milliers de citoyens, qui demandent maintenant un investissement gouvernemental accru afin que les élèves de toute la province puissent retourner à l’école en toute sécurité. Leurs efforts ont permis d’obtenir un financement fédéral et provincial supplémentaire d’un milliard de dollars. Tous les groupes, toutefois, n’ont pas connu autant de succès dans leurs démarches, générant souvent une grande anxiété. Cela crée des déséquilibres importants : les familles qui ont les moyens peuvent défendre leurs intérêts ou ceux des écoles que fréquentes leurs enfants, tandis que celles qui sont déjà touchées de manière disproportionnée par la pandémie sont confrontées à un renforcement des inégalités raciales et de classes existantes. Surveillez le Ontario Parent Action Network dans notre Profil Sectoriel de septembre ainsi que dans notre infolettre mensuelle.
Les écoles publiques représentent un élément fondamental de la démocratie : elles sont censées former des citoyens engagés et souligner l’importance de la participation civique. Le début de l’année scolaire 2020-2021 marque un tournant décisif dans la manière dont nous pratiquons la démocratie et apportons des changements. Quelles seront les prochaines étapes pour nos institutions publiques ?
C’est l’une des questions clés qui guident la programmation du DemocracyXChange. Nous avons des mises à jour passionnantes à partager avec vous au cours des prochaines semaines concernant les orateurs et les sessions qui y seront tenues.
Saviez-vous que nous avons un groupe de discussion sur Slack ? Envoyez-nous un courriel si vous êtes intéressé à y participer et nous vous enverrons une invitation. Si vous connaissez un groupe ou une association que nous devrions mettre de l’avant dans notre rubrique « Profil Sectoriel », n’hésitez pas à nous contacter. Ce mois-ci, nous avons présenté le travail réfléchi et réactif de CIVIX, du Law and Design CoLab, de Leading in Colour et de l’Institute for Change Leaders. Nous organisons aussi des conversations importantes sur l’avenir de la démocratie avec le Massey College et Distant, Not Disengaged – nous espérons de tout cœur que vous vous joindrez à nous!
Dialogues Massey – Journée de la démocratie
Le 15 septembre à 15h (EST), Sabreena Delhon, membre de Démocratie Ouverte, participera à une session de Dialogues Massey dans le cadre de la Journée internationale de la démocratie. La discussion portera sur l’évolution des attentes à l’égard des institutions et examinera si elles peuvent évoluer pour répondre aux nouvelles normes de responsabilité. La démocratie peut-elle être renforcée dans le cadre de la reprise après la COVID-19 ? Tout le monde est invité à se joindre à la discussion sur la chaîne YouTube du Collège Massey.
COVID-19 et l’avenir de la démocratie
Le 24 septembre, le Projet Démocratie Ouverte s’associe à Distant, Not Disengaged pour explorer ce que la pandémie nous apprend sur la façon dont les gens s’organisent, s’activent et réussissent à créer un changement durable. Quelle est la recette qui transforme les efforts de sensibilisation en mouvements sociaux à grande échelle ? Comment cela va-t-il façonner l’avenir de notre démocratie ?
Nos invités seront annoncés prochainement et comprendront des spécialistes de l’organisation communautaire, de l’activisme des entreprises, des arts et des mouvements de jeunesse. Cet événement est ouvert à tous, et nous encourageons tous ceux qui ont commencé ou participent à un mouvement social relié à la COVID-19 à nous rejoindre et à partager les leçons tirées de votre travail. S’inscrire
L’institute for Change Leaders
Duncan Pike, de l’Institute for Change Leaders, sur la façon dont la pandémie renforce le pouvoir de la solidarité et des récits narratifs.
Parlez-nous de l’Institute for Change Leaders. Comment décririez-vous son objectif et ce qui le rend unique ?
La mission de l’Institute for Change Leaders est de s’assurer que les organisateurs développent continuellement les compétences dont ils ont besoin pour insuffler le changement social. Pour ce faire, l’Institut enseigne des stratégies d’organisation et fournit une plateforme pour la croissance d’un réseau d’organisateurs.
Nos formations sont uniques car, la majorité du temps, les étudiants sont placés en petits groupes où ils ont réellement l’opportunité de mettre en pratique des compétences spécifiques et de recevoir l’aide d’organisateurs expérimentés. L’Institut a déjà enseigné à plus de 5 000 étudiants et a formé une équipe de plus de 30 animateurs de petits groupes. Nous dispensons notre programme complet lors de sessions régulières tenues la fin de semaine à l’Université Ryerson, et nous travaillons avec des organisations afin de dispenser des formations sur mesure en milieu de travail.
Notre programme d’études est l’œuvre de Marshall Ganz, un professeur de Harvard qui, après des années d’organisation avec les mouvements des droits civils et des travailleurs agricoles unis, a codifié le cadre organisationnel de construction de relations que nous enseignons. Il a été l’un des principaux formateurs et stratèges de la campagne présidentielle de 2008 du président Obama. L’Institut offre le premier cours accrédité d’organisation communautaire basé sur l’approche Marshall Ganz de tout le Canada.
Nous vivons tous la pandémie de façon différente. Quel est l’élément clé de la réponse de l’Institute for Change Leaders à la crise ?
Nous avons testé les formations en ligne en 2019, et au début de cette année, nous nous sommes sentis assez confiants dans notre capacité à répondre à nos propres normes d’instruction et d’encadrement par vidéo. En ce sens, nous avons eu la chance que notre mission puisse être menée en ligne avec relativement peu de perturbations. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu d’obstacles. L’établissement de relations, toutefois, est au cœur de notre méthodologie et de notre approche pour parvenir au changement social, et quelles que soient les fonctionnalités de Zoom, rien ne peut réellement remplacer complètement la chimie créée lors de réunions en face à face pour développer des liens interpersonnels solides.
Cela dit, l’un de nos principaux enseignements est le pouvoir qu’a le récit narratif d’une histoire personnelle pour créer des connections à travers des valeurs et des expériences partagées, et pour surmonter les obstacles du temps, de l’espace et des mauvaises connexions Internet. Nous avons utilisé cette leçon pour renforcer la solidarité au sein de notre propre communauté en mettant en place des sessions de réflexion en ligne, en organisant des clubs de lecture et en offrant aux anciens élèves, aux animateurs, aux bénévoles et au personnel des possibilités de se connecter afin de partager leur propre expérience face à la pandémie.
Au cours des derniers mois, nous avons vu des groupes saisir ce moment d’incertitude pour faire progresser la justice raciale et économique dans leurs communautés. Que pensez-vous de ce moment d’organisation communautaire ?
La pandémie a exacerbé les inégalités sociales, raciales et économiques qui existaient déjà, et les mouvements visant à y faire face ont pris une intensité et une urgence appropriées. Nous avons constaté cette énergie de façon directe dans un certain nombre de communautés et de domaines différents.
Au début du mois d’avril, nous nous sommes associés à l’Association of Early Childhood Educators of Ontario (AECEO) pour organiser une formation en ligne à l’intention de plus de 200 éducateurs de la petite enfance (EPE) et parents visant à leur fournir les compétences dont ils ont besoin pour renforcer leur force, leur confiance et leur solidarité. Ce fut un exercice extraordinaire et un privilège de travailler avec un groupe d’acteurs du changement aussi inspirant et dévoué. Dix jours après avoir terminé notre formation, les EPE ont organisé un rallye virtuel de 1 500 personnes exigeant un plan de réouverture qui garantisse la qualité et la sécurité pour tous. Plus de 21 000 personnes ont aussi visionné virtuellement ce rallye et les deux niveaux de gouvernement ont réellement écouté le message véhiculé. En juillet, le gouvernement du Canada a annoncé un financement fédéral de 625 millions de dollars pour le secteur de la garde d’enfants, une étape prometteuse dans la lutte pour des conditions de travail décentes pour les EPE et dans la lutte pour un système financé par l’État.
En juin, nous avons également eu le plaisir d’accueillir des travailleurs de soins de longue durée (SLD) lors de quelques sessions de connexion et de partage, où ils ont pu construire une solidarité à travers le partage d’histoires, d’expériences et de rires. Ces séances ont permis aux travailleurs de première ligne de s’exprimer sur la COVID et sur les articles publiés dans les médias sur les mauvais traitements infligés aux résidents des établissements de soins de longue durée. Ils ont également proposé des stratégies et des tactiques sur la manière de régler les nombreux problèmes de ces établissements afin que les personnes âgées puissent vivre dans la dignité et que les travailleurs reçoivent un salaire décent ainsi qu’un emploi stable et gratifiant.
Et en août dernier, nous avons co-organisé une joyeuse célébration avec 200 diplômés du Black Youth Leadership Program, un projet conjoint d’ICL et de For Youth Initiative (FYI), qui a travaillé avec des jeunes de partout en Ontario pour développer leurs compétences en leadership et lutter contre le racisme anti-noir dans leurs communautés.
La pandémie continue de faire d’énormes dégâts, et la lutte pour façonner notre avenir post-Covid sera certes intense, mais il est difficile de ne pas se sentir plein d’espoir quand on travaille avec des groupes d’activistes et d’organisateurs aussi extraordinaires.
Quel est le plus grand défi que doit relever la démocratie canadienne ? Comment travaillez-vous sur ce défi et quelles solutions y proposez-vous ?
Le plus grand défi auquel la démocratie canadienne est confrontée reste la domination de notre système politique par ceux qui ont le plus grand pouvoir économique, ainsi que la dépossession et la désautonomisation de la classe ouvrière, des peuples racisés, autochtones et historiquement marginalisés qui en découlent. La seule solution à ce problème passe par l’organisation de cette majorité de personnes qui ne sont pas représentées par le système politique afin de développer la solidarité et le pouvoir politique, et de construire des institutions orientées de la base vers le sommet qui fonctionnent dans l’intérêt du plus grand nombre. Nous espérons que nos efforts pour enseigner à la base les compétences d’organisation nécessaires pourront contribuer en partie à cette lutte.
Pourriez-vous partager une idée ou une initiative liée au renforcement de l’engagement civique ou de la participation démocratique qui vous inspire ?
ICL fait partie du réseau Leading Change Network, une communauté mondiale d’organisateurs, d’éducateurs et de chercheurs qui enseignent la méthodologie Ganz pour le changement social. Ils organisent régulièrement des sessions de rencontre et de connexion avec des membres du secteur pour partager des connaissances, raconter des histoires et construire une solidarité internationale. C’est incroyablement inspirant d’entrer en contact avec des organisateurs d’autres pays, de découvrir leur travail et de trouver des domaines d’expérience commune. Lors de la dernière session, j’ai parlé avec une femme qui travaille avec des personnes anciennement incarcérées à Oakland, avec un activiste du développement économique du Nigeria et avec un entrepreneur social de Palestine, avec qui nous travaillons actuellement sur une proposition. Regarder au-delà de son propre jardin et de son propre pays peut être revigorant. Cela nous rappelle que les défis auxquels nous sommes confrontés sont, en fin de compte, de nature universelle.
Parlez-nous de la manière dont l’Institute for Change Leaders rend son travail plus inclusif et renforce l’engagement avec les différentes communautés. Avez-vous des conseils ou des leçons à partager avec d’autres acteurs du secteur sur la réduction des obstacles à la participation ?
Nous nous efforçons constamment d’élargir notre formation pour la rendre plus accessible à la classe ouvrière ainsi qu’aux communautés racisées et autochtones qui ont le plus à gagner à acquérir les compétences que nous enseignons.
Par exemple, la plupart des programmes d’enseignement sur les campagnes d’organisation réussies n’incluent pas de contenu autochtone. Pour aider à intégrer ces contenues à nos cours, nous avons choisi de mettre en avant une étude de cas sur la lutte de la nation Attawapiskat pour une nouvelle école, qui s’est étendue de 1979 à la construction de la nouvelle école en 2014. Cette campagne est connue sous le nom de « Shannen’s Dream », du nom de la regrettée leader étudiante Shannen Koostachin. Nous avons examiné comment Shannen et ses contemporains ont mobilisé les élèves, les enseignants et les citoyens de partout au Canada pour amplifier la voix des jeunes de la nation Attawapiskat, et nous avons intégré ces leçons dans notre matériel de cours.
Les stratégies de campagne employées par ce mouvement sont une illustration puissante des théories de Ganz et un exemple émouvant du pouvoir et du leadership autochtones. Nous avons testé le nouveau programme dans des environnements autochtones afin de receuillir les commentaires des participants et des spécialistes des études autochtones. Nous prévoyons également continuer à développer des études de cas mettant en évidence le pouvoir des communautés lorsqu’elles s’organisent collectivement et politiquement.
L’Institute for Change Leaders a-t-il des demandes spécifiques pour le secteur au sens large : des choses pour lesquelles vous avez besoin d’aide, des problèmes que vous essayez de résoudre ou des souhaits que vous avez ?
Maintenir la participation, la force et la santé de cette communauté sur le long terme sera un défi permanent dans le contexte de la pandémie, et nous aimerions que les autres membres de ce secteur nous disent comment ils réagissent et s’y adaptent.
Pour les personnes qui cherchent à entre en contact avec vous, comment peuvent-elles s’impliquer ? Qui peuvent-ils contacter ?
Visitez notre site web et nos médias sociaux (Twitter, Facebook, Instagram). Vous pouvez également nous contacter en envoyant un courriel à changeleaders@ryerson.ca. Cet automne, Olivia Chow enseignera SSH502 : Community Action Research, un cours crédité de trois mois à l’Université Ryerson sur le leadership, l’organisation et l’action communautaires. Ce cours enseigne des compétences pratiques en matière d’organisation afin que vous puissiez inspirer votre communauté à agir pour le changement social. Ce cours sera soutenu par une équipe d’organisateurs expérimentés qui assureront un encadrement en petit groupe ainsi qu’un encadrement individuel. L’inscription se fait ici : http ://bit.ly/SSH502.
L’Institute for Change Leaders est une organisation à but non lucratif qui s’assure que les organisateurs progressistes et les organisations communautaires développent continuellement les compétences dont ils ont besoin pour transformer les ressources dont ils disposent en les changements qu’ils espèrent. Pour ce faire, nous enseignons des stratégies d’organisation et fournissons une plateforme permettant la croissance d’un réseau d’organisateurs.
Nous vivons un moment sans précédent pour la démocratie au Canada. Nous avons donc créé Sector Spotlight pour découvrir comment les principaux acteurs y réagissent. Nous espérons ainsi soutenir le partage des connaissances et susciter de nouvelles connexions en dressant le portrait d’un large éventail d’initiatives de partout au pays. Vous avez des idées pour notre prochain Sector Spotlight? Contactez-nous!
Leading in Colour
Serisha Iyar de Leading in Colour, explique comment créer un espace pour les jeunes racisés dans les systèmes démocratiques actuels permet de créer un avenir différent.
Parlez-nous de Leading in Colour. Comment décririez-vous son objectif et ce qui le rend unique ?
Leading in Colour a été fondé le 25 juillet 2019. Après avoir observé le rejet des expériences de racisme dans les mouvements militants, j’ai décidé de créer un espace où les leaders racisés, en particulier les jeunes, pourraient se réunir pour apprendre et se mobiliser. Cet accent mis sur les jeunes racisés en tant qu’experts de leurs propres traumatismes, expériences vécues, besoins, forces, compétences culturelles et autres, est unique dans le paysage canadien du monde du travail.
Chez Leading in Colour , nous fournissons aux jeunes les outils nécessaires pour mener à bien leurs efforts d’activisme. Nous offrons des formations Gratuites aux jeunes racisés de moins de 26 ans sous forme de webinaires, d’ateliers et d’événements où ils peuvent développer leurs compétences en matière de défense des droits. Nous offrons actuellement trois programmes spécifiques : notre programme de bourses de formation en ligne, le Digital Institute for Activism ; notre podcast, Leaders of Colour ; et notre série de webinaires d’enseignement, Emerging Experts. Ces programmes offrent la possibilité à la fois de naviguer dans les systèmes coloniaux de démocratie en jeu et de permettre à des visions différentes de l’avenir de voir le jour.
Nous travaillons également avec des organisations partenaires pour offrir à leurs membres des programmes basés sur les principes d’anti-oppression, d’antiracisme, d’intersectionnalité et de décolonisation.
Nous naviguons tous de différentes manières la pandémie actuelle. Quel est un des éléments clés de la réponse de Leading in Colour à la crise ?
Afin de toucher les jeunes à travers le Canada actuel, Leading in Colour s’est consacré depuis le premier jour à développer des espaces d’action et de formation entièrement en ligne. Nous avons eu l’occasion de travailler en personne au sein de diverses communautés, mais nous sommes restés engagés à faire ce travail par vidéoconférence, par appels téléphoniques et par l’organisation de webinaires, d’ateliers et de cours en ligne. Ainsi, nous n’avons pas eu à modifier nos façons de faire lorsque la pandémie a frappé – nous étions plutôt bien placés pour continuer notre travail et attirer de nouvelles personnes à s’engager pendant que d’autres organisations s’occupaient de déterminer comment elles allaient s’adapter. Bien que notre cadre numérique ait été inaccessible pour certains jeunes vivant dans des communautés rurales, ce qui affecte particulièrement notre engagement auprès des jeunes autochtones, nous avons pu combler cette lacune en travaillant avec des organisations partenaires et d’autres réseaux de jeunes afin de nous assurer que nous avions une certaine capacité de sensibilisation au-delà de ceux qui se trouvaient près de nous. Nous continuons à nous efforcer de nous améliorer dans ce domaine, alors que nous augmentons notre capacité organisationnelle.
Au cours des derniers mois, nous avons vu des groupes saisir ce moment d’incertitude pour faire progresser la justice raciale et économique dans leurs communautés. Que pensez-vous de ce moment d’organisation communautaire ?
J’espère que l’élan se poursuivra et que les gens ne se contenteront pas de suivre la parade, pour s’en débarrasser une fois la pandémie terminée, alors qu’ils seront absorbés par d’autres intérêts. Les militants se sont mobilisés sans relâche bien avant le début de la pandémie. La décision des médias de montrer ou non ce travail joue sur la façon dont ceux qui ne sont pas aussi familiers avec les efforts de lutte contre le racisme le voient. Par exemple, en août, il y a toujours d’énormes marches de solidarité autour de la violence policière contre les communautés noires aux États-Unis, mais la couverture médiatique est minime par rapport au début de l’été. Pourtant, ce travail se poursuit. Je pense que ce moment d’organisation communautaire met en lumière tout un champ de questions sociales dont les gouvernements doivent être tenus responsables.
Selon vous, quel est le plus grand défi auquel la démocratie canadienne doit faire face ? Comment travaillez-vous sur ce défi, quelles solutions proposez-vous ?
Le suprémacisme blanc. Travailler au sein du système démocratique actuel est, à mon avis, un énorme défi pour les jeunes racisés, surtout lorsqu’il s’agit d’accéder à l’espace, au pouvoir et aux possibilités de prise de décision. Pour cela, il est essentiel de comprendre comment nous pouvons naviguer dans la sphère politique canadienne afin d’obtenir la justice pour leurs communautés. Chez Leading in Colour, nous travaillons sur ce défi en créant des opportunités d’apprentissage accessibles pour les jeunes racisés sur le fonctionnement du système et sur ce qu’ils peuvent faire pour faire entendre leur voix et celle de leur communauté. En ce qui concerne les solutions, nous disons trop souvent que la représentation est la façon dont nous pouvons faire entendre notre voix dans le système démocratique canadien, mais ce n’est pas tout. Nous devons permettre aux jeunes racisés qui décident de prendre part aux systèmes de gouvernement coloniaux de le faire de manière à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs communautés. Naviguer dans les systèmes de suprématie blanche demande beaucoup d’efforts et nous espérons nous soutenir les uns les autres en nous préparant à l’avenir.
Selon vous, quel est le plus grand défi auquel la démocratie canadienne doit faire face ? Comment travaillez-vous sur ce défi, quelles solutions proposez-vous ?
Le suprémacisme blanc. Travailler au sein du système démocratique actuel est, à mon avis, un énorme défi pour les jeunes racisés, surtout lorsqu’il s’agit d’accéder à l’espace, au pouvoir et aux possibilités de prise de décision. Pour cela, il est essentiel de comprendre comment nous pouvons naviguer dans la sphère politique canadienne afin d’obtenir la justice pour leurs communautés. Chez Leading in Colour, nous travaillons sur ce défi en créant des opportunités d’apprentissage accessibles pour les jeunes racisés sur le fonctionnement du système et sur ce qu’ils peuvent faire pour faire entendre leur voix et celle de leur communauté. En ce qui concerne les solutions, nous disons trop souvent que la représentation est la façon dont nous pouvons faire entendre notre voix dans le système démocratique canadien, mais ce n’est pas tout. Nous devons permettre aux jeunes racisés qui décident de prendre part aux systèmes de gouvernement coloniaux de le faire de manière à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs communautés. Naviguer dans les systèmes de suprématie blanche demande beaucoup d’efforts et nous espérons nous soutenir les uns les autres en nous préparant à l’avenir.
Pourriez-vous nous faire part d’une idée ou d’une initiative liée au renforcement de l’engagement civique ou de la participation démocratique qui vous inspire ? Cela pourrait être lié à votre travail ou à quelque chose que vous voyez se produire dans le secteur.
Je suis une grande amatrice de Platform, anciennement connu sous le nom de Young Womxn’s Leadership Network. Ils se sont constamment engagés à remodeler le paysage politique en plaçant les expériences vécues des femmes racisées et des jeunes d’identités sexuelles diversifiées au centre de leur travail. Leurs programmes ont permis de renforcer les capacités de leadership civique de centaines de jeunes en responsabilisant et en éduquant leurs électeurs. Leur travail est essentiel pour soutenir les survivants d’agressions sexuelles sur le terrain et redéfinir continuellement ce à quoi pourrait ressembler le leadership dans ces positions de pouvoir si nous suivions leur exemple.
Parlez-nous de la manière dont Leading in Colour rend son travail plus inclusif et renforce son engagement auprès des différentes communautés. Avez-vous des conseils ou des leçons à partager avec d’autres personnes du secteur sur la réduction des obstacles à la participation ?
Leading in Colour s’engage à comprendre les expériences nuancées des diverses communautés racisées qui vivent dans le Canada actuel. Nous travaillons activement au développement de matériel éducatif anti-oppressif pour les communautés racisées sur des sujets tels que le racisme anti-Noir, l’islamophobie et la discrimination contre les Autochtones, dans l’espoir de favoriser le désapprentissage des comportements et idéologies intériorisés et la promotion d’un discours analytique et d’une alliance active visant à construire une solidarité entre les communautés racisées. La principale leçon à tirer pour les autres est de prendre du recul et de créer un espace permettant aux jeunes racisés de montrer la voie pour eux-mêmes et leurs communautés. Nous ne sommes pas de futurs leaders, nous sommes des leaders actuels et, en tant que tels, nous avons l’expertise, les compétences, les connaissances et l’aptitude à faire le travail que les personnes en position de pouvoir ne peuvent pas faire.
Y a-t-il des demandes spécifiques que Leading in Colour a pour le secteur plus large – des choses pour lesquelles vous avez besoin d’aide, des problèmes que vous essayez de résoudre ou des souhaits que vous avez ?
Leading in Colour, comme beaucoup d’autres organisations dirigées par des jeunes racisés, n’a pas le même accès au financement et aux ressources que ses homologues. Nous sommes constamment désavantagés, mais nous continuons à faire un travail essentiel non rémunéré pour les rêves de nos ancêtres, la vision que nous avons pour nous-mêmes, l’avenir de nos communautés et les générations à venir. Jusqu’à ce que nous puissions nous engager à restructurer les méthodes coloniales de développement de ces espaces, il serait utile que le secteur au sens large cherche à obtenir notre leadership au-delà du symbolisme et utilise ses plateformes pour partager avec nous (les organisations dirigées par et pour les jeunes racisés) l’accès aux espaces qu’ils occupent si facilement dans l’intervalle ; peut-être alors nos voix seraient-elles amplifiées de manière à permettre un soutien réel.
Pour ceux qui aimeraient vous suivre et s’engager, comment peuvent-ils le faire? Qui peuvent-ils contacter?
Vous pouvez nous suivre sur les médias sociaux : Twitter, Instagram, LinkedIn et Facebook. Vous pouvez aussi visiter notre site web et découvrir notre podcast Leaders of Colour.
Leading in Colour est une organisation communautaire dirigée par et pour les jeunes racisés. Nous fournissons aux jeunes les outils nécessaires pour mener à bien leurs efforts d’activisme. Nous offrons des possibilités de formation GRATUITES aux jeunes racisés de moins de 26 ans afin qu’ils puissent développer leurs compétences en matière de défense des droits. Nous offrons actuellement trois programmes spécifiques : notre programme de bourses de formation en ligne, le Digital Institute for Activism ; notre podcast, Leaders of Colour ; et notre série de webinaires d’enseignement, Emerging Experts.
Law & Design CoLab
Avery Au, du Law & Design CoLab, sur l’importance de saisir l’opportunité de renforcer la compréhension qu’a le public du système judiciaire et de développer une large coalition pour le changement systémique.
Parlez-nous du Law & Design CoLab. Comment décririez-vous votre objectif et qu’est-ce qui vous rend unique ?
La mission du Law & Design CoLab est d’utiliser le design et les médias numériques pour rendre l’éducation juridique et la défense des droits plus efficaces. Nous sommes une organisation à but non lucratif basée en Ontario qui dispose d’un modèle unique de bénévolat basé sur les compétences. Nous comptons notamment parmi nos membres des avocats et des professionnels des industries créatives telles que la conception de produits et d’articles de luxe, la publicité et le marketing, la conception graphique et le développement web.
Nous réalisons des projets en examinant la recherche et en consultant des experts juridiques. Ensuite, en collaborant au sein de petites équipes flexibles, les membres du CoLab travaillent à la conception et à la création de supports multimédia visant à amplifier l’impact de la défense juridique.
Nous espérons que notre travail peut contribuer à favoriser une culture de collaboration interdisciplinaire dans le secteur de la justice au Canada et à renforcer l’engagement civique à l’égard des enjeux de justice.
Nous naviguons tous de différentes manières à travers cette pandémie. Quel est l’aperçu clé de la façon dont le Law & Design CoLab répond à la crise ?
Heureusement, nous n’avons pas eu à apporter beaucoup de changements à notre style de travail, car notre équipe a toujours été une collaboration d’abord numérique. Même avant la pandémie, nous tenions souvent des réunions en ligne auxquelles participaient des membres de partout au Canada.
Ce printemps, nous avons décidé de concentrer nos efforts sur la création d’un site web éducatif sur le Unlock Bail Reform, un projet visant la réforme la réforme des libérations sous caution, avec un large éventail de fonctionnalités interactives. Cet effort hautement collaboratif a été facilité par l’utilisation de divers outils numériques, dont G Suite for Nonprofits, Slack, Zoom, Calendly, Figma, GitHub, Miro, Airtable, Evernote et Hubspot.
Nous intensifions présentement notre action de sensibilisation – qui se fait exclusivement en ligne – dans le but de trouver des partenaires institutionnels et des entreprises qui pourront nous permettre d’atteindre la prochaine phase du multimédia pour le projet de réforme de la libération sous caution.
Le contexte actuel suscite des conversations cruciales sur l’inégalité structurelle et la violence auxquelles sont confrontées les communautés noires et autochtones. Quel est le lien avec le travail du Law & Design CoLab ?
L’inégalité structurelle est un problème majeur dans le secteur de la justice au Canada, qui se fait sentir dans pratiquement toutes les parties des systèmes juridiques civil et pénal du pays. En ce moment, avec la pandémie et les protestations mondiales en faveur de Black Lives Matter, le secteur de la justice du Canada fait l’objet d’une attention et d’une préoccupation sans précédent de la part du public. En tant qu’avocats, il s’agit là d’une occasion incroyable de renforcer la compréhension du public à l’égard du système judiciaire et de développer une large coalition afin d’opérer un changement systémique.
Le travail du CoLab sur la réforme des cautions est profondément lié au racisme structurel et à l’inégalité. La mise en liberté sous caution est souvent décrite comme la décision la plus importante dans le processus pénal, car elle est déterminante pour le reste du processus. Comprendre les dures réalités du processus de mise en liberté sous caution nous permet également d’avoir une idée des problèmes du système de justice pénale en général, à savoir : l’investissement insuffisant dans les programmes sociaux et la santé communautaire, un système d’aide juridique sous-financé et une culture basée sur la peur qui nuit à la vie des personnes vulnérables et compromettent nos principes moraux.
Cela étant dit, l’un des principaux engagements du CoLab consiste à faire participer le public d’une manière qui ne le submerge pas de vérités trop difficiles à accepter et ne lui donne pas l’impression que le changement est sans espoir. Nous considérons que nos efforts visent à « maintenir et à renforcer » la dynamique de changement parce que les dirigeants de la profession juridique ont travaillé pendant des années pour changer le statu quo du système de libération sous caution et ont obtenu plusieurs succès majeurs.
Nous pensons également qu’il est important de reconnaître qu’il y a beaucoup de choses dont nous pouvons être fiers dans notre système juridique et notre culture juridique, surtout en comparaison avec d’autres pays du monde.
Selon vous, quel est le plus grand défi à relever dans la démocratie canadienne ? Comment relevez-vous ce défi ou quelles solutions proposez-vous ?
L’un des principaux défis de la démocratie canadienne est de savoir comment nous allons nous adapter aux changements rapides de l’écosystème d’information et à leur impact sur notre vie personnelle et sociale – des défis comme la désinformation, les chambres d’écho, la viralité, la polarisation, parmi plusieurs d’autres. Bien sûr, cette même évolution rapide a également ouvert des possibilités surprenantes pour atteindre et connecter les gens en utilisant des stratégies numériques interactives.
Nous considérons notre travail au CoLab comme faisant partie d’un nouveau genre de communication stratégique à caractère civique qui exploite le multimédia pour toucher un public plus large et galvaniser l’action sur des défis sociaux urgents. Il y a beaucoup de place pour l’innovation afin de découvrir des approches plus efficaces. Nous admirons les nombreux groupes qui publient des contenus multimédias dans ce genre, y compris les organisations de presse, comme Vox et Pro Publica, et les organisations à but non lucratif du secteur de la justice, comme le Vera Institute et le Bail Project.
Pourriez-vous partager une idée ou une initiative liée au renforcement de l’engagement civique ou de la participation démocratique qui vous inspire ?
Pour revenir au thème de la promotion de nouveaux types d’éducation et d’engagement civiques, il existe de nombreuses organisations américaines dans le domaine de la justice qui nous inspirent, comme Movement Alliance Project, Brooklyn Defenders, Media Justice ou Color of Change pour n’en citer que quelques-unes. Nous souhaitons apporter ce type d’innovation au Canada en nous associant à des organisations à but non lucratif et à des experts juridiques.
Nous sommes également inspirés par les nombreuses organisations qui se sont engagées à découvrir comment développer et fournir des informations et des services juridiques centrés sur l’être humain, comme la Legal Design Alliance et le Stanford Legal Design Lab.
Parlez-nous de la façon dont le Law and Design CoLab rend son travail plus inclusif et renforce son engagement auprès des différentes communautés. Avez-vous des conseils ou des leçons à partager avec d’autres acteurs du secteur sur la réduction des obstacles et l’augmentation de la participation ?
Nous avons constaté que nos bénévoles – qui travaillent comme avocats, experts juridiques et professionnels de la création – sont issus d’un très large éventail d’origines ethniques et culturelles. Une partie de cette diversité peut être attribuée à notre effort pour diffuser très largement les opportunités de bénévolat et les événements. Par exemple, en février dernier, nous avons organisé un grand concours de design créatif et lancé un appel ouvert aux créateurs de tous types, qui a été largement diffusé sur les réseaux sociaux et promu par les programmes d’enseignement supérieur et les centres culturels et communautaires.
Vous avez besoin d’aide pour des choses spécifiques, des problèmes que vous essayez de résoudre ou des souhaits pour le secteur au sens large ?
Assurer un financement durable est un défi majeur pour l’ensemble du secteur à but non lucratif, surtout en cette période de pandémie. Pour l’instant, nous concentrons nos efforts sur la création de partenariats avec des entreprises qui peuvent fournir le soutien financier et en nature nécessaire à la mise en place d’événements multimédias riches et stimulants pour la prochaine phase du projet de réforme de la libération sous caution.
Pour les personnes qui souhaitent s’engager avec vous, comment peuvent-elles le faire ? Qui peuvent-ils contacter ?
Suivez-nous sur les réseaux sociaux : Twitter, Instagram, LinkedIn et Facebook. Pour en savoir plus sur la façon de soutenir nos efforts ou de faire du bénévolat avec nous, veuillez nous contacter à l’adresse suivante : info@lawdesigncolab.ca
Le Law & Design CoLab est un organisme à but non lucratif dirigé par des bénévoles et basé en Ontario. Nous utilisons le design et les médias numériques pour rendre l’éducation juridique et la défense des droits plus efficaces. Nous disposons d’un modèle unique de bénévolat basé sur les compétences. Nous comptons notamment parmi nos membres des avocats et des professionnels des industries créatives telles que la conception de produits et d’articles de luxe, la publicité et le marketing, la conception graphique et le développement web. Nous travaillons avec des experts juridiques et des acteurs de la communauté pour concevoir et créer des expériences visant à amplifier les efforts de défense juridique. Notre travail s’inscrit dans un nouveau genre de communication stratégique à caractère civique qui exploite le multimédia pour toucher un public plus large et galvaniser l’action quant aux défis sociaux urgents.
Nous vivons un moment sans précédent pour la démocratie au Canada. Nous avons donc créé Sector Spotlight pour découvrir comment les principaux acteurs y réagissent. Nous espérons ainsi soutenir le partage des connaissances et susciter de nouvelles connexions en dressant le portrait d’un large éventail d’initiatives de partout au pays. Vous avez des idées pour notre prochain Sector Spotlight? Contactez-nous!
CIVIX
Jessica Johnston sur CIVIX et la façon dont les compétences simple en matière de culture numérique constituent la meilleure défense contre la pollution de l’information.
Parlez-nous de CIVIX. Comment décririez-vous votre objectif et ce qui vous rend unique ?
CIVIX est un organisme canadien d’éducation civique qui se consacre au développement des habitudes et des compétences de citoyenneté chez les élèves n’ayant pas encore atteint l’âge de voter. Nous élaborons des programmes d’apprentissage par expérience à l’intention des éducateurs de la maternelle à la 5ème secondaire (12ème année), qui mettent l’accent sur la participation électorale, les budgets gouvernementaux et la représentation des élus. Notre programme phare est Student Vote, une élection parallèle pour les étudiants n’ayant pas l’âge de voter. Lors des élections fédérales de 2019, plus de 1,2 million d’étudiants ont voté au Canada après avoir participé à une unité d’apprentissage sur la démocratie et les élections dispensée à l’aide du matériel pédagogique de CIVIX. Au cours des deux dernières années, notre champ d’action s’est considérablement élargi pour mettre l’accent sur la citoyenneté informée, une réponse à la crise actuelle autour de la désinformation numérique. Nous avons élaboré des supports pédagogiques autour de thèmes tels que les sources fiables, les algorithmes et les bulles de filtrage ainsi que les techniques de vérification. Nous avons la chance de disposer d’un vaste réseau d’éducateurs engagés dans tout le pays qui apprécient et utilisent sincèrement les programmes et les ressources de CIVIX.
Nous naviguons tous de différentes manières à travers la pandémie actuelle. Quel est l’élément clé de la réponse de CIVIX à la crise ?
Bien sûr, personne n’a été épargné par cette crise. Avec la fermeture des écoles, les enseignants, les élèves et les parents ont été fortement touchés par le déplacement de l’éducation vers la maison. Cela a constitué un énorme défi pour toutes les parties concernées. Le rôle de CIVIX est de soutenir les éducateurs à tout moment, avec des outils de qualité et une programmation qui peut être déployée de manière flexible. Avec le passage à l’apprentissage à distance, cette flexibilité est devenue encore plus cruciale. Nous avons développé de nouveaux outils au printemps, en particulier pour faire face à “l’infodémie » provoquée par la COVID-19, c’est-à-dire la prolifération d’informations fausses et trompeuses en ligne concernant la pandémie, les canulars, les théories de conspiration, la fausse expertise et j’en passe. Nous avons appelé ce module de vérification CTRL-F : Find the Facts, et l’avons construit spécialement pour que les enseignants puissent l’utiliser avec leurs élèves à la maison. Nous avons créé deux parcours, dont un site destiné aux élèves. Cela a d’ailleurs été une expérience d’apprentissage pour nous, car nos matériels ont toujours été destinés en premier lieu aux enseignants.
Nous sommes présentement en train de réviser le module CTRL-F afin de le rééditer à l’automne. La flexibilité sera encore plus importante avec la rentrée, car il y a encore beaucoup d’incertitude sur comment se déroulera la prochaine année. La situation pourrait également être très différente selon les régions. Nous mettons donc au point des outils flexibles que les enseignants peuvent déployer de la manière qui convient le mieux à leurs besoins spécifiques.
La désinformation sur les plateformes numériques est une menace critique pour la démocratie. Parlez-nous plus du projet Ctrl-F. Quel est le public cible et comment a-t-il été développé ?
CTRL-F : Find the Facts est un module de vérification qui enseigne aux élèves des compétences numériques simples qu’ils peuvent ensuite utiliser pour déterminer la fiabilité de n’importe quelle information. CTRL-F est le raccourci clavier pour « recherche » et l’idée sous-jacente est que nous pouvons tous prendre l’habitude d’utiliser des stratégies rapides pour examiner les nouvelles et les informations afin de déterminer si on peut leur faire confiance.
Ce projet est la continuation de notre travail sur la maîtrise de l’information, que nous avons commencé sérieusement en 2017, alors que le monde commençait à prendre conscience de la menace pour la démocratie que représente la diffusion d’informations fausses et trompeuses. Nous savions que les processus électoraux dans le monde entier avaient été ciblés par la désinformation, et que même la diffusion accidentelle de fausses informations qui semblent à première vue moins nuisibles créait un environnement d’information en ligne pollué où il est difficile de dire ce qui est réellement crédible.
En cherchant comment nous pourrions relever ces défis en classe, nous avons trouvé un ensemble prometteur de littérature provenant de praticiens qui préconisent des compétences numériques simples comme meilleure défense contre la pollution de l’information et la désinformation, avec les recherches à l’appui.
On nomme cet ensemble de compétences la « lecture latérale ». Les techniques proposées impliquent de quitter la page où vous trouvez l’information, d’ouvrir un nouvel onglet, de faire une recherche par mot-clé, ou de chercher sur Wikipédia pour trouver le contexte d’une personne ou d’un groupe inconnu. C’est ce que font les vérificateurs de faits professionnels pour évaluer rapidement et précisément les nouvelles informations. Cela peut sembler simple, mais les stratégies sont assez puissantes et sont au cœur de CTRL-F.
Pour développer ces outils, nous avons fait équipe avec Mike Caulfield, expert en culture numérique, et Jane Lytvynenko, qui couvre la désinformation en tant que journaliste principale pour BuzzFeed. Le module d’apprentissage lui-même combine une série de vidéos didactiques avec des exemples pratiques qui permettent aux utilisateurs d’appliquer immédiatement les compétences à une variété de cas réels.
Il a été conçu à l’intention des élèves du secondaire et du cégep, mais les stratégies qu’il enseigne sont des compétences essentielles dans la vie courante, quel que soit votre âge.
Quels sont vos objectifs avec CTRL-F et quelle a été la réponse des utilisateurs ?
Nous avons un certain nombre d’objectifs avec CTRL-F, en termes de soutien aux enseignants et aux étudiants. Nous espérons que cette programmation contribuera à créer la prochaine génération de citoyens informés. L’un des grands objectifs de ce travail est de changer la façon dont la maîtrise de l’information numérique est enseignée dans les écoles canadiennes.
Les stratégies de lecture latérale sont efficaces, mais ne sont pas aussi répandues qu’on pourrait l’espérer. Lorsque les élèves apprennent l’évaluation des sources, l’approche typique consiste à analyser le texte lui-même. Les stratégies sont souvent présentées sous la forme d’une liste de contrôle. Les élèves peuvent être invités à rechercher des fautes de frappe, des dates, des pages sur les pages, des auteurs ou des suffixes d’URL. On peut leur apprendre que .org est plus fiable que .com, par exemple, bien que n’importe qui puisse acheter un nom de domaine .org.
Les listes de contrôle sont longues à appliquer et offrent souvent des signaux contradictoires. Elles peuvent facilement se retourner contre les élèves et les amener à tirer des conclusions erronées, alors qu’ils se sentent pourtant en confiance puisqu’ils ont appliqué les stratégies qui leur ont été enseignées.
La stratégie la plus efficace consiste à mener des recherches simples pour découvrir le contexte avant de consacrer du temps et de l’attention à quelque chose qui peut s’avérer être faux, ou pire encore.
La réaction à notre travail de vérification a été extrêmement positive. Les enseignants l’ont compris rapidement. Ils voient la valeur de ces outils et de ces compétences, qui sont liés à chaque sujet et peuvent être utilisés au quotidien dans tous les aspects de notre vie en ligne.
Nous avons également reçu des réponses positives à l’égard du site destiné au public, qui est un outil à utiliser dans les bibliothèques et par d’autres groupes communautaires.
Quel est le rapport entre les compétences numériques, les élèves et les enseignants, et la démocratie ?
Une démocratie saine exige que le public ait non seulement accès à de l’information de qualité, mais qu’il soit doté des compétences nécessaires pour localiser ces informations. Parce qu’une grande partie de l’information que nous utilisons pour comprendre le monde nous parvient par des canaux en ligne, et parce qu’il est de plus en plus difficile de distinguer la réalité de la fiction et de tout ce qui se trouve entre les deux, la capacité à déterminer si une information en ligne est crédible est devenue une compétence essentielle de la citoyenneté.
Alors que le problème des informations numériques fausses ou trompeuses touche les gens de tous les groupes d’âge, CIVIX part du principe qu’une éducation civique dès le plus jeune âge peut constituer un rempart contre les pires effets du désordre de l’information : apathie politique, cynisme et méfiance générale à l’égard des institutions. Notre initiative d’alphabétisation numérique vise à aider les enseignants à donner aux élèves les connaissances et les compétences nécessaires pour localiser des informations auxquelles ils peuvent faire confiance afin qu’ils puissent faire des choix éclairés qui sont dans leur intérêt et dans celui de leur communauté.
Pourriez-vous partager une idée ou une initiative liée au renforcement de l’engagement civique ou de la participation démocratique qui vous inspire ?
Il y a un peu plus d’un an, CIVIX a réuni une équipe locale en Colombie qui travaille sans relâche pour développer et mettre en place des programmes d’éducation civique dans tout le pays. Ce qu’ils ont réussi à accomplir en peu de temps est incroyable. En octobre 2019, plus de 76 000 étudiants se sont informés sur le gouvernement et le processus électoral, ont fait des recherches sur les candidats locaux et ont débattu de sujets pertinents pour eux et leurs communautés avant de déposer un bulletin de vote Voto Estudiantil (vote étudiant) lors d’une élection parallèle coïncidant avec les élections municipales colombiennes. L’équipe s’emploie également à adapter le matériel d’alphabétisation numérique de CIVIX au contexte colombien, en travaillant en étroite collaboration avec les enseignants pour les aider à autonomiser une nouvelle génération de jeunes informés et engagés.
Pour les personnes qui souhaitent s’engager avec vous, comment peuvent-elles le faire ? Qui peuvent-ils contacter ?
Vous pouvez visiter notre site web ou nous trouver sur Twitter, Facebook et YouTube. Vous pouvez également nous envoyer un courriel à hello@civix.ca.
CIVIX est une organisation caritative nationale enregistrée qui se consacre au développement des compétences et des habitudes des citoyens actifs et la citoyenneté éclairée chez les jeunes Canadiens. CIVIX offre des possibilités d’apprentissage par expérience qui visent à aider les jeunes Canadiens à exercer leurs droits et responsabilités de citoyens et à se connecter à leurs institutions démocratiques. Student Vote, le programme phare de CIVIX, est une élection parallèle pour les étudiants n’ayant pas l’âge de voter, qui coïncide avec les élections officielles. Lors des élections fédérales de 2019, plus de 1,2 million d’étudiants de plus de 8 000 écoles y ont participé.
Nous vivons un moment sans précédent pour la démocratie au Canada. Nous avons donc créé Sector Spotlight pour découvrir comment les principaux acteurs y réagissent. Nous espérons ainsi soutenir le partage des connaissances et susciter de nouvelles connexions en dressant le portrait d’un large éventail d’initiatives de partout au pays. Vous avez des idées pour notre prochain Sector Spotlight? Contactez-nous!
